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  • SCM kiné : avantages, limites et création pas à pas

    SCM kiné : avantages, limites et création pas à pas

    La Société Civile de Moyens est la structure juridique que beaucoup de kinés connaissent de nom sans vraiment savoir à quoi elle sert et surtout à quoi elle ne sert pas. Résultat : elle est soit choisie pour les mauvaises raisons, soit évitée alors qu’elle serait la solution idéale. On démêle tout.

    Ce qu’est vraiment une SCM

    Définition légale
    La Société Civile de Moyens (articles 36 et suivants de la loi n°66-879 du 29 novembre 1966) est une structure juridique réservée aux professions libérales.
    Son unique objet légal : mettre en commun des moyens matériels ou humains pour faciliter l’exercice professionnel de chaque associé.
    Chaque associé conserve son indépendance totale : sa patientèle lui appartient, ses honoraires lui appartiennent, sa comptabilité est individuelle. La SCM elle-même ne génère pas de chiffre d’affaires, elle refacture ses coûts à chaque associé.

    La confusion la plus fréquente : SCM vs exercice en commun

    Ce que la SCM n’est pas
    La SCM n’est pas une structure d’exercice en commun. Si tu veux exercer avec des associés dans une logique de cabinet intégré (facturation commune, répartition des revenus, stratégie partagée) ce n’est pas la bonne structure. Il te faut une SELARL ou une SELAS.
    Choisir une SCM dans l’espoir de « s’associer » est l’erreur la plus fréquente. Elle crée une structure juridique inadaptée à l’objectif réel, avec les inconvénients de la société sans les avantages de l’exercice en commun.

    Les vrais avantages de la SCM

    Le partage des charges fixes

    C’est le principal intérêt de la SCM. Loyer, électricité, eau, assurance du local, secrétariat éventuel, logiciel de gestion : toutes ces charges sont supportées par la SCM et réparties entre les associés selon une clé de répartition définie dans les statuts. Pour un kiné seul, un loyer de 600 €/mois représente 7 200 € par an. En SCM à 3, ce même loyer ne représente plus que 2 400 € par personne.

    L’indépendance préservée

    Contrairement à la SELARL, chaque associé en SCM reste entièrement maître de son exercice : sa patientèle, ses horaires, ses tarifs hors nomenclature, sa politique commerciale. Si l’un des associés décide de se spécialiser, de réduire son activité ou de partir, cela n’affecte pas les autres sur le plan clinique, seulement sur la répartition des charges.

    La fiscalité transparente

    La SCM est fiscalement transparente : elle calcule son résultat (qui est toujours proche de zéro puisqu’elle refacture ses coûts à chaque associé), mais chaque associé est imposé individuellement sur ses propres revenus professionnels. Il n’y a pas d’imposition au niveau de la SCM elle-même.

    Les limites de la SCM

    LimiteCe que ça implique
    Pas de facturation communeChaque associé facture séparément ses patients
    Pas de partage des revenusSi un associé a plus de patients, il gagne plus, la SCM ne rééquilibre pas
    La patientèle ne « appartient pas à la SCM »En cas de départ, l’associé emmène sa patientèle
    Décisions collectives parfois difficilesLes investissements communs nécessitent l’accord de tous les associés
    Responsabilité solidaire possibleSelon les statuts, les associés peuvent être solidairement responsables des dettes de la SCM

    Dans quels cas la SCM est le bon choix

    • Tu veux partager un local et des charges avec un ou plusieurs confrères, tout en gardant ton indépendance totale
    • Tu veux mutualiser un secrétariat ou une télésecretariat
    • Vous êtes plusieurs kinés installés dans le même bâtiment et vous souhaitez formaliser les relations
    • Tu veux réduire tes charges fixes sans partager tes revenus ni ta patientèle

    La création d’une SCM pas à pas

    ÉtapeActionPoints d’attention
    1Rédaction des statutsClé de répartition des charges, modes de décision, modalités de départ
    2Dépôt du capital social1 € légalement, mais un capital symbolique plus élevé est recommandé
    3Publication d’un avis de constitution dans un JALJournal d’Annonces Légales du département du siège social
    4Dépôt du dossier au Greffe (immatriculation RCS)Depuis 2023, via le guichet unique formalites.entreprises.gouv.fr
    5Obtention du SIRET de la SCMQuelques jours après l’immatriculation
    6Ouverture d’un compte bancaire au nom de la SCMPour faire circuler les charges et les remboursements

    La règle d’or sur les statuts : les statuts d’une SCM sont le document le plus important de toute la structure. Ils définissent comment les charges sont réparties, comment les décisions sont prises, et surtout comment se passe le départ d’un associé. Une SCM dont les statuts ont été rédigés à la va-vite génère presque toujours des conflits le jour où un associé veut partir.

    La répartition des charges : la clé de tout

    C’est LE sujet sensible de toute SCM. Deux approches principales :

    MéthodeAvantagesInconvénients
    Répartition à parts égalesSimple, prévisible, pas de calcul mensuelInjuste si les activités sont très différentes (temps plein vs partiel)
    Répartition au prorata du CAPlus juste selon l’utilisation réellePlus complexe à calculer et à justifier mensuellement
    Répartition au prorata des jours de présenceÉquitable si les tarifs sont similairesNécessite un suivi rigoureux des présences

    FAQ : SCM kiné

    Une SCM peut-elle employer du personnel ?

    Oui, la SCM peut employer une secrétaire ou un télésecrétariat. C’est même l’un des intérêts principaux : mutualiser le coût d’un employé entre plusieurs associés.

    Est-ce qu’un remplacant peut exercer dans une SCM ?

    Oui. Un remplacant peut pratiquer dans les locaux de la SCM pour le compte de l’un des associés titulaires. La SCM reste l’entité qui gère le local ; la relation remplacant/titulaire se passe entre les deux individus concernés.

    Peut-on avoir une SCM entre membres de la même famille ?

    Oui, il n’y a aucune restriction sur la qualité des associés, pour autant que tous exercent bien une profession libérale. Une SCM entre deux kinés conjoint est tout à fait possible.

    La SCM est-elle soumise à l’IS ou à l’IR ?

    La SCM est en principe soumise à l’IR avec la transparence fiscale (chaque associé est imposé sur sa quote-part). Elle peut opter pour l’IS, mais cette option est irréversible et rarement pertinente pour une SCM kiné.

    Ce qu’il faut retenir
    La SCM permet de partager des charges (loyer, matériel, secrétariat) tout en préservant l’indépendance totale de chaque associé. Elle n’est pas une structure d’exercice en commun, si tu veux partager des revenus ou exercer dans une logique de cabinet intégré, il te faut une SELARL. Les statuts, et notamment la clé de répartition des charges et les modalités de départ, sont le point le plus critique à soigner avant de créer.

    Sources

    • Loi n°66-879 du 29 novembre 1966 – Sociétés civiles de moyens
    • CNOMK – Enquête sur les modalités d’exercice des kinésithérapeutes 2024
    • Code civil – Articles sur les sociétés civiles