37 % des kinés exercent en cabinet de groupe (CNOMK 2024). C’est une tendance en croissance, portée par la mutualisation des charges et le besoin de dynamique d’équipe. Mais un cabinet de groupe mal organisé génère autant de conflits qu’il en résout. Voici les règles qui font la différence entre un cabinet qui fonctionne et un cabinet qui éclate.
Étape 1 : choisir la bonne structure juridique avant tout
C’est la décision la plus structurante, et souvent celle qu’on reporte à plus tard. Erreur : la structure détermine tout le reste (répartition des charges, statut de la patientèle, gestion des départs).
| Structure | Adéquate si… | Inadaptée si… |
|---|---|---|
| Plusieurs EI avec accord écrit informel | Début de collaboration, faible engagement financier, test de fonctionnement | Les charges communes sont significatives, risque de conflits sans cadre juridique |
| SCM | Vous voulez partager des charges (loyer, matériel) tout en restant indépendants | Vous voulez partager les revenus ou exercer dans une logique intégrée |
| SELARL | Vous voulez exercer ensemble, partager les revenus, et bénéficier d’avantages fiscaux | Vous êtes en début de carrière et ne voulez pas d’obligations comptables lourdes |
Étape 2 : régler la question des charges avant de signer quoi que ce soit
C’est le sujet le plus sensible. Les conflits en cabinet de groupe ont presque toujours une composante financière. Il faut statuer sur ces points avant l’ouverture, pas au fil de l’eau.
La clé de répartition des charges
| Méthode | Description | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| À parts égales | Chaque praticien paie la même somme fixe | Simplicité, prévisibilité | Injuste si les activités sont très différentes |
| Au prorata du CA | Chaque praticien paie en proportion de ce qu’il génère | Juste et proportionnel | Calcul mensuel, besoin de transparence sur les CA |
| Au prorata des jours de présence | Chaque praticien paie selon son occupation du local | Équitable si tarifs similaires | Suivi rigoureux nécessaire |
Les charges fixes à répartir
- Loyer et charges locatives
- Énergie (eau, électricité, chauffage)
- Assurance du local
- Secrétariat ou télésecrétariat commun
- Logiciel métier partagé (Doctolib, agenda commun)
- Entretien et nettoyage
Étape 3 : clarifier le statut de la patientèle
C’est la question que tout le monde évite jusqu’au jour où quelqu’un veut partir. Deux modèles s’opposent :
| Modèle | Fonctionnement | Conséquences en cas de départ |
|---|---|---|
| Patientèle individuelle | Chaque praticien a « ses » patients, qu’il a acquis et fidélisés | Le praticien qui part emmène sa patientèle |
| Patientèle collective | Les patients sont « du cabinet », affectés selon les disponibilités | Le praticien qui part ne peut pas emporter la patientèle |
Conseil : le modèle individuel est de loin le plus courant en cabinet de groupe kiné, et le plus sain pour préserver l’indépendance de chacun. Le modèle collectif s’applique davantage aux SELARL avec une logique de cabinet intégré.
Étape 4 : anticiper les départs dès la création
C’est la situation la moins anticipée et la plus génératrice de conflits. Prévois dans tes statuts ou ton accord écrit :
- Le préavis en cas de départ (en général 3 à 6 mois)
- Le sort de la patientèle selon le modèle choisi
- La clause de non-concurrence éventuelle (rayon, durée, rémunération)
- Les modalités de rachat des parts en cas de SELARL
- La gestion des investissements communs non amortis
Étape 5 : organiser la gestion quotidienne
L’agenda
Un agenda commun (Doctolib ou autre) simplifie la gestion mais peut créer des tensions sur la répartition des créneaux. Fixe des règles en amont : qui gère les nouveaux patients ? Comment sont attribués les créneaux librés par un départ ?
La communication externe
Le nom du cabinet, la fiche Google, le profil Doctolib commun : qui les gère ? Avec quelle procédure de validation pour les modifications ? Une fiche Google non gérée ou mal répartie entre plusieurs praticiens crée de la confusion pour les patients.
Les investissements communs
Tout achat de matériel ou d’aménagement utilisé par plusieurs praticiens devrait faire l’objet d’une décision collective documentée. La règle simple : au-delà de X euros, décision à l’unanimité ou à la majorité qualifiée.
Les erreurs les plus fréquentes en cabinet de groupe
| Les 5 erreurs à ne pas faire 1. Démarrer sans accord écrit sur la répartition des charges 2. Ne pas définir à qui appartient la patientèle 3. Ne pas anticiper le scénario de départ d’un membre 4. Mélanger les flux financiers sans comptabilité rigoureuse 5. Prendre des décisions d’investissement collectif sans procédure formalisée |
FAQ : cabinet de groupe kiné
Faut-il obligatoirement créer une structure juridique pour exercer à plusieurs ?
Non, ce n’est pas obligatoire. Des praticiens peuvent partager un local et des charges sans créer de structure juridique, via un simple accord écrit. Mais l’absence de structure crée une zone floue sur la responsabilité en cas de litige. Une SCM est très souvent recommandée dès que les charges communes sont significatives.
Un remplaçant peut-il exercer dans un cabinet de groupe ?
Oui, sans restriction. Le remplaçant exerce pour le compte d’un titulaire spécifique du groupe, dans le cadre de sa convention de remplacement habituelle. La structure du cabinet de groupe n’affecte pas les modalités du remplacement.
Sources
- CNOMK – Enquête sur les modalités d’exercice des kinésithérapeutes 2024
- Code civil – Sociétés civiles de moyens

